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24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 10:04

Au cours des civilisations, toute séquence artistique portera d’abord le nom « d’art contemporain » pour finalement se disloquer en lambeaux dont chaque morceau s’affublera d’un titre plus ou moins farfelu. Comment en arrive-t-on à ces diverses appellations : impressionnisme, constructivisme, fractalisme et bien d’autres ? Très simple, mon ami, aurait répondu Sherlock Holmes ! Un éclair dans l’esprit retord d’un journaliste ou d’un artiste ! En 1954, le critique Charles Estienne veut d’un mot définir le travail de Hans Hartung, Jean Paul Riopelle et Pierre Soulages : leur œuvre est faite de taches de couleur. Eureka ! Le mouvement sera connu sous le nom de tachisme ! Un autre critique Vauxcelles, au salon d’automne de 1905, s’était écrié devant le travail des nouveaux barbares :Georges Braque, André Derain, Maurice de Vlaminck dont la peinture bousculait toutes les normes conventionnelles : « Donatello (1386-1466 ) au milieu des fauves ! ». Le tour est joué : est né le fauvisme ! Le même Vauxcelles, toujours en verve, en septembre 1908, s’entretient avec  Henri Matisse (1869-1954) au cours du salon d’automne. Matisse lui explique sa méthode devant l’un de ses tableaux : lignes ascendantes et convergentes et entre elles des cubes ! Trait de génie, naît alors le cubisme ! A six heures du soir (quelle précision !) à une terrasse de café à Zurich, le Roumain Tristan Tsara ouvre un dictionnaire français-allemand et tombe sur le mot « Dada » - cheval pour les enfants. Ce mot ne lui dit rien traduisant ainsi le sens qu’il veut donner à sa poésie : nihiliste, absurde après les horreurs de la guerre 14-18 . Le mouvement de ces jeunes gens écoeurés par le monde dans lequel ils vivaient devient connu sous le terme « Dadaisme ». Je peux poursuivre indéfiniment.

 

Puis vient s’ajouter, pour dénommer une tendance artistique, l’engouement de l’anglais. Fusent alors les nuances : dripping de Pollock, color-field de Greenberg, happening de Kaprow, ready-made de Duchamp, shaped canvas de Stella,  mec art de Jacquet, body art de Journiac ! N’en jetez plus la cour est pleine !

 

Qu’en est-il de l’art contemporain de nos jours ?

 

Il doit s’atomiser sous divers jaïnismes qui feront jaillir l’âme de l’artiste de la quintessence transcendantale communautaire ! Ah ce qu’il ne faut pas écrire pour impressionner le lecteur !
Pourquoi, comme pour le « poubellisme » du numéro précédent, ne pas poursuivre ce petit jeu : il est amusant, ne coûte pas cher et peut rapporter gros !

 

Au cours de mes  séjours à l’étranger, j’ai toujours aimé visiter les musées. Même ceux d’ « Art Contemporain » qui, contrairement à ce que certains pourraient croire, m’intéressent beaucoup. Je ne suis pas du tout allergique à cet art comme l’a démontré l’exposition Lauro à Lauris.

 

Depuis quelque temps, l’apparition du terme « Sans titre » - en anglais : Untitled- devient de plus en plus courant pour désigner une œuvre. Que veut exprimer l’artiste en refusant  ainsi d’aider l’observateur à comprendre le sens de sa recherche ? « Sans Titre » est l’abandon d’un lien qui unirait le créateur au public, imposant non seulement la perplexité du regard mais aussi une liberté de la part de l’autre dans son interprétation. Lorsque Géricault a composé son œuvre « Le radeau de la Méduse », David « Son Sacre »,  ils ont placé leurs créations dans un contexte historique, religieux ou sociétal. Le titre ne fait que préciser leur intention. Le radeau vient du naufrage du vaisseau « La Méduse » alors qu’il y en avait des centaines par an. Le sacre était celui de Napoléon.  L’œil de l’observateur qui déclenche une réaction de son esprit – bonne ou mauvaise- ne peut que constater la dextérité de l’artiste à traduire une scène : couleurs, formes, grandeur du travail, harmonie de l’ensemble. Réalité et son transfert sur toile ou dans le marbre se juxtaposaient pour déterminer la valeur du chef d’œuvre. Mais la photographie transforma l’art. La reproduction exacte disparaît au profit  «  des traumas métaphysiques » (John Armleder). Michael Baldwin parlera « d’image conceptuelle et de stylistiques minimalistes surgie des difficultés à se faire à l’imagerie européenne ». l’art n’est plus représentatif mais « une perception plus profonde de la réalité de l ‘image » (Francis Bacon).

 

Alors si l’artiste donne libre cours à sa sensibilité et à son profond subconscient, il accorde la même liberté d’interprétation  au regard de l’autre. Pour éviter de le guider vers les propres méandres de sa réflexion et de son travail, il ne lui donnera aucune indication, aussi minime soit-elle, qui pourrait le troubler ou l’influencer.

 

Pour ne prendre qu’un seul exemple pour illustrer ces propos, je citerai le « Sans Titre » de Roman Opalka. L’œuvre est une toile sur laquelle le créateur a étalé une peinture brun gris avec des nuances sombres horizontales. Au premier abord, elle ne signifie rien. Pourtant il explique qu’il «  ira vers l’image d’une présence du visible dans le non visible ». Le sens est en effet bien caché car il numérote ses œuvres de 1 à l’infini . Il pense qu’il mourra entre 7 777 777 et 8 888 888 ! Sa toile prise indépendamment ne transpose rien. Côte à côte, ses œuvres iront du noir au blanc puisqu’il ajoute à la suivante un pour cent de couleur claire. Cette vision minimaliste d’une toile est trompeuse puisqu’il faut voir la séquence entière  pour comprendre que « l’imaginaire est dans la projection de ce que devient ma démarche et les conséquences éthiques qu’elle entraîne» (Opalka).

 

D’où l’appellation de «  Sanstitrisme » qui caractérisera toute œuvre dénommée « Sans Titre » dans laquelle l’artiste montre «  la tension entre un effort personnel et les procédés de la perception»  ( Robert Mangold).

 

Cette tension métaphysique, intellectuelle et cérébrale ne mérite aucune définition car elle veut faire disparaître toute allusion à un monde visible donc reconnaissable par un canon éthique conventionnel qui gère le regard .    

 

 

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Les Jardins de Magali - dans Articles
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